La fois où j’ai tiré au semi-automatique au Texas

 

Edit :

Bientôt trois ans se sont écoulés depuis la rédaction de cet article. Depuis je suis retournée aux Etats-Unis, et j’ai continué à apprendre à tirer dans le ranch de mon ancien professeur de journalisme. Vivre au Texas a été une expérience incroyable et j’en ai compris la richesse et la culture. Je suis beaucoup plus  mais j’ai décidé de laisser cet article comme je l’avais écrit, car il reflète parfaitement la vision d’une jeune parisienne de 23 ans pour qui à l’époque les armes à feu 

 

Aller tirer quelques cartouches dans un stand de tir texan était écrit sur ma liste rédigée en début d’année. Une liste d’incontournables que mon université américaine nous avait remis à notre arrivée et que je m’étais très vite empressée de compléter dans l’espoir de rentrer en France en ayant vécu une véritable expérience immersive.

Depuis quelques mois j’ai ainsi eu l’occasion d’assister à un rodéo, d’aller voir The Revenant au cinéma, de visiter successivement Dallas, Fort Worth, Austin, et plus récemment Houston…

Je n’ai jamais été fascinée par les armes. Je me souviens des sueurs froides dans les premiers mois, à la découverte des soldes du rayon pistolet du supermarché Walmart, à la vue des fusils de mes amis qui en général ont tous tiré leur première balle à l’âge de quatre ans dans les bras de leur papa. J’ai commencé au fil du temps par m’habituer à ces discours et ne suis plus du tout paniquée lorsque je vois quelqu’un  dans la rue avec une arme à la ceinture. J’apprend peu à peu à accepter une culture qui n’est pas la mienne.

Pour autant j’ai encore du mal à comprendre pourquoi mes amis passent presque tout leur temps libre à s’entraîner dans leurs ranch ou au shooting range. Je ne trouve pas forcément logique que l’on me dise que la meilleure façon d’arrêter les armes soit les armes.

Et ce que j’ai compris justement c’est que les vrais passionnés d’armes sont ceux le plus à cheval sur la sécurité. Ceux qui adorent ça savent pertinemment bien que ce n’est pas un jouet qu’ils ont entre les mains. C’est ce que j’ai ressenti au stand de tir de Fort Worth : le personnel a beau être passionné il sait se montrer très vigilant et à l’écoute au moindre doute.

Enfin j’avais beau être excitée, une fois arrivée je ne faisais vraiment plus la maligne. L’angoisse a très vite commencé à monter.

Les stands de tir sont aussi couplés à une boutique où venir s’acheter son nouveau bébé ou un t-shirt à l’humour douteux… femme rose fold

La fréquentation est évidemment masculine et la plupart des gens o nt l’âge de mon père. Ou à peine l’âge d’être au collège.

“Salut les gars, vous avez vos armes sur vous?”

C’est la première question que l’on nous a demandé et cela m’a fait tout bizarre. Bien sûr en temps que non-immigrant alien – oui c’est comme cela que la législation nous appelle ici – je n’ai absolument pas le droit d’avoir ma propre arme. Je suis donc allée en louer une auprès  d’une charmante blonde de l’âge de ma petite sœur. Qui m’a tendu sa proposition en prononçant ces mots :“I looooooove that gun”. A vrai dire je ne sais pas trop comment on peut “aimer” une arme à ce point mais enfin bon j’ai décidé de lui faire confiance. Bonne pioche : “Tu ne pouvais pas mieux choisir” m’ont dis les gars ensuite.

Une fois dans l’arène mon cœur s’est mis à battre à la chamade. Le bruit était tellement assourdissant que je sursautais à chaque tirs des autres clients. J’ai presque fait un bond lorsque j’ai senti une cartouche arriver sur ma jambe (j’avais totalement oublié le fait qu’une partie de la balle ressortais au moment du tir, c’est pour vous dire à quel point je suis novice).

J’étais terrifiée à l’idée de ne pas avoir compris tout ce que l’on m’avais dis. Imaginez: une incompréhension et c’est la bêtise… quelle pression !

Ensuite on est en théorie un peu laissés à soi-même. Les gars t’installent dans un box puis tu dois placer ta cible toi-même, charger ton arme toi-même, déverrouiller la sécurité toi-même… Heureusement qu’un responsable a fini par venir m’épauler et m’expliquer comment tirer sans me faire mal. On a beau regarder foule de films cela n’est pas DU TOUT comme cela que les choses se passent dans la réalité. Et puis lorsque l’on a vu cela qu’à la télévision on a toujours le réflexe de prendre l’arme en plaçant sa main sur la gâchette… ce qu’il ne faut surtout pas faire !

Lors du tir il faut aussi apprendre à se stabiliser de la main à l’épaule. N’ayant pas assez de force et de fermeté au début je bloquais ma balle à chaque essai. On m’a alors conseillé de changer d’arme et d’essayer un pistolet 9mm MNP9, ce qui est utilisé par la police et qui m’a paru beaucoup plus facile à manier. Mon corps a commencé à s’habituer aux sensations (je n’ai vraiment pas aimé les premiers coups car je ne m’attendais pas à ce que cela soit aussi violent), mes oreilles au bruit. J’ai peu à peu commencé à me détendre et à essayer de m’améliorer selon les conseils de mon instructeur.

C’est complètement lessivée, mais contente d’avoir découvert quelque chose de nouveau, que je suis enfin rentrée de ma séance.

Plus tard j’ai envoyé une vidéo à ma maman qui est en France. Cela m’a fait me poser beaucoup de questions dont je n’ai pas encore toutes les réponses. C’est vrai qu’après plusieurs mois au Texas je ne vois plus les choses des mêmes yeux qu’elle et que le reste de mes proches. Je me met à leur place et je me dis que cela doit leur faire tout drôle de me voir avec ça à la main. Un pistolet cela n’est pas un quelque chose de fun, cela peut tuer des gens.

Malgré cette bonne expérience je suis donc toujours contre le fait d’avoir un Beretta dans sa table de nuit ou à la ceinture dans les rues.

Pourtant j’ai l’impression d’avoir désacralisé le lieu Shooting Range. Finalement se rendre sur un stand bien encadré pour le côté “sportif” et pour essayer d’améliorer ses tirs je ne trouve pas que cela soit une mauvaise idée. Il faut simplement apprendre et ce dans de bonnes conditions !

J’ai en tout cas été ravie d’apprendre quelque chose de nouveau, de connaitre une sensation nouvelle même si maintenant j’ai l’impression qu’une sorte de duel éthique se joue dans ma tête !

Alors est-ce que je recommencerais ? oui, non, pas sûr !
Est-ce que après ces premiers tirs je vais désormais porter un t-shirt avec l’inscription “Gun Lover” ? rassurez vous ça non jamais !

A suivre.

PS : Je vous invite à jeter un œil à cet article d’une autre blogueuse, expatriée aux Etats-Unis. Je me suis beaucoup retrouvée dans ce qu’elle écrit !

7 Comments

  • L’article m’a passionnée. Ton ressenti initial (que je partage), ton évolution, tes sensations là bas, cette description précise… merci beaucoup, je me suis régalée, c’était vraiment super intéressant.

  • Ping : 2016...
  • Merci pour cet intéressant partage d’expérience. Je suis pour ma part tout à fait opposée au port d’armes etc, et je n’ai jamais été tentée par les stands de tirs, mais ce que tu écris est intéressant et permet de voir les choses sous un angle un peu différent.

  • Ton article est vraiment intéressant j’avoue que si j’avais été à ta place je ferais la même chose que toi j’aurais tellement envie d’essayer . La culture américaine est très différente de la notre mais assez passionnante !
    Je t’embrasse

    Marianne

  • Je suis pas sûre que j’arriverais à comprendre un jour l’attrait américain pour les armes, je ne suis jamais à l’aise quand je vois des militaires avec des armes alors quand j’irais en Amérique je crois que mon coeur va bondir plus d’une fois ☺.
    En tout cas, tirer dans un stand de tir pour le fun, ça me plait ! Pour tester. D’ailleurs, J’avais testé un stand de tir en Corée du sud, par contre c’était un fusil..ou quelque chose dans le genre, et ça m’avais plus explosé la joue que divertir. Mais je detesterais bien la même chose que toi.
    Des bisous,
    Margot

    https://troughthepasturesofthesky.wordpress.com/

  • Coucou Lucie, merci d’avoir partagé ton point de vue.
    Quand à mon réveil, sur les réseaux, ce matin j’ai vue la vidéo de toi en train de tirer … en effet ça m’a fait tout bizarre !
    Ça n’est pas dans notre culture, et j’imagine que l’inconnue nous surprend. Comme tu dis “ca n’est pas fun et ça tue”.
    J’ai pourtant déjà été en stand de tir avec Nico pour tirer à la carabine (le genre de truc que je n’avais vue qu’à la tv au moment des JO).
    Cet article est complémentaire de ces images postés un peu plus tôt. Comme si dans ma culture d’européenne j’avais besoin d’explications à un tel geste. Enfin bref, je trouve que tu t’exprimes très bien sur le sujet avec un sorte de maturité qui te viens sans aucun doute de cette belle expérience de 5 mois.
    Gros bisous

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